Le mot du Président:

Decembre 2019

Chers amis du Château et des Musées de Blois,

Exit 2019. Une nouvelle page se tourne.

Qu’en restera-t-il ? L’histoire, dont c’est le rôle, enregistrera et classera méthodiquement l’ensemble des évènements intervenus au cours de l’année, mais lesquels d’entre eux franchiront le mur du temps pour être retenus par la conscience et la mémoire collectives ? Ceux que nous avons jugés importants au moment de leur avènement  ou seulement ceux  dont on jugera qu’ils ont participé à une modification substantielle de la condition humaine, de la connaissance universelle ou de la référence culturelle, et dont l’appréciation de la mise en œuvre comme des résultats nécessite  un regard embrassant une période beaucoup plus longue ?

Intimement liée à celles qui l’ont précédé comme à celles qui la suivent, une année représente un espace temps important au moment où il est vécu, mais qu’en reste-t-il lorsqu’il se retrouve fondu dans une décennie, noyé dans un siècle, quasi oublié au sein d’un millénaire ?

La perception de l’homme, prisonnière de sa propre espérance de vie, est de court  terme, attachée au détail par l’affectivité qu’il renferme alors que la vision historique voit loin, englobe large, schématise et caricature.

L’histoire retiendra-t-elle de 2019 les atermoiements  relatifs à la prise de conscience des modifications  climatiques et ses conséquences, la géopolitique et les conflits ouverts ou latents en de nombreux points de la planète, les attentats, le terrorisme, le brexit, l’incendie de Notre Dame de Paris, le climat social   la mort de l’ancien président Chirac ou la fête du grand anniversaire de la Renaissance…?

Toutes les années ne sont pas des 732, 1515, 1610, 1789, ou d’autres encore, dont nos générations ont fait, à force d’exercices de mémorisation, le symbole de l’efficacité de l’éducation, de la nécessité du souvenir et de la grandeur de la France !

La postérité, cette chimère bien nommée aux trousses de laquelle courent des hordes de décideurs ou de créateurs continuera longtemps à prendre un malin plaisir a tisser puis à rompre les fils de la renommée…

Nous venons de fêter en grande pompe l’année 1519 dont rien ne laissait présager il y a encore quelques temps qu’elle méritait un tel hommage.

Caprice de l’histoire, reconnaissance tardive d’une réalité jusqu’alors méconnue ou manipulation se servant de l’histoire pour tirer meilleur profit du présent ?

Un peu tout cela à la fois sans doute mais qu’importe.

Nous n’avons pas boudé notre plaisir devant les manifestations, présentations, conférences, concerts  et autres trésors ou raretés présentés à l’occasion du 500è anniversaire de la Renaissance.

Alors peu nous importe que 1519 soit devenue une année prétexte, et la mort de Léonard de Vinci comme la naissance de Catherine de Médicis réunis sous ce millésime un heureux concours de circonstance autorisant un marketing habile pour flatter les esprits qui se repaissent du passé tant le présent semble hostile.

Et tant pis si c’est bien au cours de cette même année que notre roi François 1er a dû s’incliner devant Charles Quint élu empereur du Saint Empire Romain germanique grâce aux soutiens de banquiers sans doute plus riches que les siens !

L’histoire se prête à tous les jeux, à toutes les interprétations,  autorise tous les fantasmes. L’engouement des auteurs et des lecteurs et spectateurs pour le roman et le cinéma historiques en est un signe évident. Tout est ensuite affaire de discernement.

Le château royal de Blois, au cœur de nombreux ouvrages et décors de cinéma se prête d’ailleurs volontiers à toutes ces reconstitutions ou spéculations.

Notre âme d’enfant ne vibre-t-elle pas lorsque, à la lueur d’une torche, le murmure nocturne nous immerge dans ce passé où le glorieux, le gracieux et le sordide jouent de connivence pour donner un sens à l’histoire qu’on nous compte aujourd’hui. Quelle sensation à voir se fondre dans le noir les assassins du duc de Guise, s’évanouir à l’angle d’un mur l’inquiétante dame en noir ou entendre soudain la musique et les éclats bruyants des festivités de la cour …

Pour toutes ces raisons et grâce à la mobilisation, à la participation des adhérents, à la convivialité toujours présente, l’année qui s’achève est, une nouvelle année de jubilation pour notre association.

Puisse celle à venir l’être aussi sur un plan plus personnel pour chacune et chacun d’entre vous.

Bonnes et joyeuses fêtes, et au plaisir de nous retrouver en 2020.

Très cordialement

Le président

Jacques TORSET